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Le CV déclaratif est mort. Tant mieux.

Avec l’IA, les tests techniques et les portfolios ne suffisent plus à prouver les compétences, et les compétences déclarées par les candidats ne sont plus suffisantes. Pour les organismes de formation aux métiers de la tech, l’enjeu est désormais de prouver les compétences plutôt que de rallonger les programmes. Holberton adapte ainsi son modèle, en ajoutant des cours et du mentorat aux projets, ainsi qu’une vérification des résultats produits avec l’IA, et ambitionne de publier des résultats d’insertion professionnelle vérifiés.

Holberton
September 29, 2026
4 min Read

Le CV déclaratif est mort. Tant mieux.

IT for Business a publié cette semaine un article au titre honnête : les bootcamps se cherchent une nouvelle légitimité à l'heure de l'IA. J'y ai lu le récit de la fin d'un cycle. Je n'y ai pas lu la fin d'un modèle. Voici pourquoi, et ce que nous en faisons chez Holberton.

Ce qui est vrai

Le marché des juniors s'est refermé. Ce n'est pas une impression de recruteur fatigué, ce sont des chiffres. Les offres pour développeurs publiées sur le site de l'APEC ont reculé de 20 % en 2025. Les recrutements de cadres dans l'informatique ont perdu 21 % entre 2023 et 2025. L'Insee note un recul de 7,4 % de l'emploi salarié des 15-29 ans hors alternants au dernier trimestre 2025. Outre-Atlantique, la Fed estime à environ 500 000 le nombre d'emplois de développeurs qui n'ont pas été créés depuis l'arrivée des grands modèles de langage fin 2022, et une équipe de Stanford documente une chute de l'emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA générative.

Dans le même temps, les tests techniques ne testent plus rien. N'importe qui produit du code qu'il ne comprend pas. Le portfolio ne prouve plus le travail. Le recruteur, qui reçoit une centaine de candidatures par poste, fait ce que font tous les acheteurs en situation d'incertitude : il achète la marque connue. Le diplôme d'ingénieur redevient un raccourci, non parce qu'il prouve davantage, mais parce qu'il rassure.

Et le secteur paie la note. WebForce3 a été repris puis liquidé. Wild Code School est passée par le redressement judiciaire avant d'être reprise par Simplon. La Grande École du Numérique, qui avait labellisé Holberton, Simplon ou Le Wagon et revendique 45 000 personnes formées en dix ans, a été dissoute en janvier 2025.

Ce qui est faux

L'article laisse entendre que le problème serait la durée. Trois mois contre cinq ans. Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est la preuve.

Un cursus long ne prouve rien de plus qu'un cursus court s'il repose sur des examens que l'IA passe à votre place. Un cursus court ne vaut rien s'il se termine par un certificat déclaratif. Ce qui est mort, ce n'est pas le bootcamp, c'est la compétence autodéclarée, quelle que soit la longueur du parcours qui la précède.

Regardez qui les entreprises citées dans l'article ont réellement embauché. Une ancienne contrôleuse de gestion devenue analytics engineer. Un juriste devenu développeur puis pilier d'une équipe IA chez Ubisoft. Une journaliste devenue data scientist. Des profils de trente à quarante ans, avec un métier avant le code. Les employeurs ne parlent pas de leur niveau en algorithmie. Ils parlent de leur capacité à traduire entre le métier et la technique, à apprendre à apprendre, à tenir dans la durée.

Ce que ces entreprises achètent, ce n'est pas un développeur junior. C'est une personne dont la compétence a été observée en conditions réelles.

Ce que nous changeons chez Holberton

Pendant dix ans, Holberton a fonctionné sans cours magistral. Les apprenants codent dès le premier jour, sur des projets, en s'appuyant les uns sur les autres. Ce modèle a formé des milliers de développeurs. Il ne suffit plus tel quel, et nous préférons le dire nous-mêmes.

Quand une machine écrit le code, la compétence se déplace. Elle n'est plus dans la capacité à produire une fonction, elle est dans la capacité à instruire un système, à tester ce qu'il rend, à vérifier ce qu'il affirme et à décider ce qu'on en fait. Cela ne s'apprend pas seulement en cherchant sur son voisin de droite. Cela demande des repères conceptuels solides et quelqu'un qui vous regarde travailler.

Nous sortons donc de nouveaux programmes conçus pour cette réalité. Ils gardent ce qui fait la force de Holberton, les projets et l'apprentissage entre pairs. Ils y ajoutent ce qui manquait : des cours structurés sur les notions majeures, données par des personnes qui les maîtrisent, et un tutorat qui suit chaque apprenant dans la durée. La vérification y est traitée comme une compétence centrale, pas comme un chapitre. Notre premier module entièrement réécrit apprend à instruire, tester et vérifier une IA avant d'apprendre à lui faire confiance.

Cela nous engage sur trois points.

D'abord, remplacer le certificat par la preuve. Un recruteur doit pouvoir voir ce que la personne a construit, comment elle a été évaluée par ses pairs, ses tuteurs et des professionnels, et où se situent ses forces et ses lacunes. Un rapport de compétences observées vaut plus qu'un intitulé de diplôme.

Ensuite, cesser de promettre le métier de développeur web junior à des personnes sans expérience. Ce n'est plus une promesse que nous pouvons tenir, et le marché le sait. Les besoins sont ailleurs. L'APEC compte 10 % de croissance pour les data engineers en 2025. La cybersécurité reste le premier métier en tension selon Robert Half. La bonne promesse est celle d'une double compétence, un métier que vous connaissez déjà et la maîtrise de la data, de la cyber ou de l'IA qui le transforme. C'est le sens des parcours que nous ouvrons, du niveau post-bac jusqu'aux dirigeants.

Enfin, publier nos résultats. L'article cite quatre employeurs satisfaits et aucun taux d'insertion. Personne dans ce secteur ne publie de chiffre à six et douze mois vérifié par un tiers. Le premier qui le fera reprendra la main sur la confiance. Nous voulons être celui-là.

Une question pour vous

Si vous recrutez des profils techniques, qu'est-ce qui vous ferait aujourd'hui confiance en dehors du nom d'une école ? Un test en conditions réelles de trois semaines, comme le propose l'incubateur rennais Alt ? Un laboratoire d'alternants adossé à votre DSI, comme le Lab42 de BPCE, qui a recruté 13 de ses 17 derniers alternants ? Autre chose ?

Répondez-moi. Je lirai tout, et la prochaine lettre en rendra compte.

Nathalie Le Palmec
Deputy CEO, Holberton

Sources : IT for Business, 24 septembre 2026 ; Le Monde, 3 avril 2026 (APEC, édition 2026 ; Insee, note de conjoncture, mars 2026) ; Next, mai 2026 (Fed, mars 2026) ; Brynjolfsson et al., Canaries in the Coal Mine, Stanford Digital Economy Lab, 2025 ; IT for Business, mai 2026 (Robert Half, Numeum) ; Centre Inffo, juin 2023 ; Le Monde Informatique, juillet 2025 ; Légifrance, arrêté du 8 janvier 2025 ; Groupe BPCE, 2023 et 2024.

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